Transposée aux couples de nombres (entiers) susceptibles de se multiplier, cette notion correspond à leur << rapport >> qu’Euclide ne définit pas. Par contre, comme pour comparer les raisons entre grandeurs, Euclide définit précisément l’égalité entre rapports de nombres (Livre VII, déf. 21) :
<< Des nombres sont en proportion quand le premier, du deuxième, et le troisième, du quatrième, sont équimultiples. . . >>
s’il existe deux entiers p et q tels que qa = pb et qc = pd.
Nous l’utiliserons plutôt sous la forme suivante :
Les couples de nombres entiers non nuls (a, b) et (c, d) sont << en même rapport >> si et seulement si ils forment une proportion, c’est-à-dire s’ils vérifient l’égalité : ad = bc.
Euclide énonce ainsi cette proportionnalité : << a est à b comme c est à d >>, locution qui sera symbolisée plus tard par << a : b :: c : d >>.
Cette notation est maintenant désuète, remplacée pour les nombres par
(cela suppose d’avoir défini le rationnel représenté par ces fractions, ce qui n’est pas
nécessaire dans la suite), mais elle avait l’avantage d’être plus générale, concernant
aussi bien des grandeurs que des entiers. Elle autorisait certaines pratiques et
techniques de la proportionnalité entre couples de grandeurs non nécessairement
commensurables et éventuellement de natures différentes : longueurs, aires, . . . (dans
ce cas, cette proportionnalité ne peut être exprimée en termes numériques
sans une théorie de la mesure élaborée, supposant la construction des nombres
réels).
Pour nous, un rationnel non nul est défini comme quotient de deux entiers (c, d) non
nuls, représenté en écriture fractionnaire par
Le fond de la démarche euclidienne est de remarquer que ce rationnel peut être
représenté de manière unique par une fraction irréductible
Cela revient
à montrer qu’il existe un couple unique de nombres non nuls (a, b) premiers
entre eux, qui sont dans le même rapport que (c, d) (i.e.
où
est
irréductible)24.
L’argument essentiel est que a et b sont les plus petits nombres parmi ceux qui sont
dans le même rapport que c et d. Il s’en suit que pour tout autre couple (x, y) dans ce
même rapport, x et y sont des équimultiples de a et b.
Remarquons que le résultat tire parti du lien entre la relation d’ordre naturel sur
et la relation de divisibilité. Ce lien sera finement exploité dans la démonstration
d’Euclide que nous présentons dans le paragraphe suivant.